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’48h après la mort d’Arafat : Ma folle nuit en compagnie de Tina Glamour’’

Publie le lundi 10 août 2020

48 heures après la disparition tragique de DJ Arafat, dans la nuit du dimanche 11 au lundi 12 août 2019, j’ai passé une folle nuit en compagnie de Tina Glamour, sa génitrice. Retour sur une nuit mouvementée avec une Lady Glamour complètement dévastée.

La nuit est tombée depuis longtemps sur Abidjan. Il est 23 h 30 ce mercredi 14 août 2019 et je suis déjà au lit, presque dans les bras de morphée. Mon téléphone sonne. « Qui peut m’appeler à cette heure tardive ? », me dis-je intérieurement, avant de me saisir de l’appareil qui était en charge dans un coin de la chambre. « Éric, c’est ta sœur Tina. Je ne peux pas dormir. Je pleure. Je pleure seulement. Je vois Arafat dans la maison. Son image est partout. Je suis sortie. Je suis venue à la Riviera 2 devant ‘’Chez Rifat’’, à côté de chez toi. Tu es où ? Viens, j’ai besoin de toi, mon frère … », dit, au bout du fil, presqu’en pleurs, la voix complètement cassée, enrouée de Tina.

Depuis deux jours, la chanteuse a perdu tragiquement son célèbre fils Dj Arafat. Une mort qui a plongé la Côte d’Ivoire entière dans une grande tristesse. « Je suis à la maison. Reste là où tu es Tina. Je m’habille rapidement et je te rejoins », lui répondis-je.

Une quinzaine de minutes après, je suis devant le Chawarma Chez Rifat, route d’Anono. Tina Glamour est bien là, assise sur le siège arrière d’un taxi-compteur, habillée dans un ensemble en voile violet, avec un foulard sur sa tête et des sandales aux pieds. Elle a les traits tirés et le visage marqué par la douleur.

Après lui avoir fait l’accolade et souhaité le ‘’ Yako’’, je prends place à côté du chauffeur. Direction le Maquis Pays, chez Bérenger, au feu tricolore de Leader Price-Casino. C’est un endroit que nous connaissons tous les deux. Et là, Tina peut se mettre quelque chose sous la dent et prendre un pot sans être dérangée.

Malheureusement, à notre arrivée, il n’y a plus rien à manger et le maquis est plein de monde. Alors que Tina, assise dans le taxi, veut passer inaperçue à cause du deuil qu’elle vit. Nous faisons donc demi-tour sur une centaine de mètres pour nous retrouver à la cave Chez Adebayor, derrière le maquis Le Flambeau.

Je descends pour échanger avec le gérant Arnaud qui a reconnu Tina dans la voiture. Il nous conseille gentiment de rebrousser chemin, car ses clients risquent d’envahir Tina s’ils la reconnaissent. Je demande alors à Tina : « Qu’est-ce qu’on fait ? »

D’un commun accord, nous décidons de continuer avec le taxi (pris en course) au Plateau-Dokui, dans la rue des restos-maquis, non loin de la boite de nuit Le Temple. Il est environ 1 heure du matin quand nous y arrivons. Elle règle la facture du taxi et nous nous asseyons dans un maquis où il n’y a pas beaucoup de clients. Elle commande du poisson braisé et nous prenons deux bières.

Pendant que nous devisons, Tina sort soudain des documents de son sac à main. « Éric, voici le certificat de décès de mon fils. Il était en bonne santé. Il est mort par accident. Le certificat est signé. Il m’a été remis en mains propres par la Polyclinique des Deux-Plateaux hier (le mardi 13 août : ndlr) quand je suis allé voir le corps de mon fils. J’ai vu corps d’Arafat, tu comprends ! Regarde aussi son passeport (elle le montre : ndlr). J’ai ici tous ses papiers officiels », dit-elle, la gorge nouée et avec le trémolo dans la voix.

A peine nous a-t-on servi les deux bières que nous remarquons des mouvements suspects autour de notre table. Des gens s’approchent de nous, nous regardent, murmurent et repartent. Les curieux deviennent de plus en plus nombreux dans le maquis. En fait, ils ont reconnu Tina Glamour malgré son accoutrement inhabituel et le voile sur sa tête.

C’est vrai que la mort d’Arafat remonte à 48 heures seulement. C’est l’actualité. Et les ‘’les Chinois’’ sont partout. Nous avons beau nous cacher, Tina est (malheureusement) repérable. On l’a donc reconnue. Alors, elle pète un câble. « Éric, allons-y !!! », crie-t-elle, en sortant du maquis en courant. Surpris, je la suis aussi en prenant mes jambes à mon cou, pour plonger dans le premier taxi garé au bord de la route. Sans même avoir réglé les factures du poisson et des deux bières. Un vrai ’’castor’’, malgré nous.

Dans le taxi, j’ai quelque peu mauvaise conscience. Mais devant le drame que vit Tina, il faut faire avec. Après avoir retrouvé nos esprits, elle propose qu’on aille à Angré-Château, un quartier plus calme. Il est un peu moins de 2h du matin. Mais le quartier est tellement calme en ce milieu de semaine, que tous les espaces de divertissement sont fermés.

Nous faisons donc demi-tour et Tina demande au chauffeur (d’un certain âge celui-là), que nous avons pris également en course, d’emprunter la route d’Aboboté où se trouve le maquis d’une de ses sœurs. En moins de 15 minutes, nous y sommes. Malheureusement, le maquis (baptisé Mon cœur) est également fermé. « Qu’est-ce qu’on fait ? », demande le chauffeur. Tina n’a pas sommeil. Moi, je commence à sentir la fatigue. Mais il faut soutenir la ‘’sœur’’ dans cette douloureuse épreuve.

Nous décidons de revenir à la Riviera 2, carrefour Leader Price, au Maquis Pays, chez Bérenger. D’Aboboté, nous passons par Angré Nouveau CHU. Et tout juste après le CHU, Tina, toujours assise seule à l’arrière du véhicule, craque et pète de nouveau un câble. Elle se met à pleurer. Elle bouge dans tous les sens sur le siège arrière. Elle me saisit dans le dos. Le conducteur prend peur. Moi aussi. « Où est mon fils ? Où est mon fils ?… », crie-t-elle à tue-tête.

C’est la panique à bord de la voiture qui zigzague. Tina veut ouvrir la portière arrière pour se jeter dans le vide. Le chauffeur qui ne la connait pas et ne comprend rien à ce qui se passe, ralentit et s’arrête. Pensant peut-être que c’était une stratégie pour l’agresser, il veut nous faire descendre de son véhicule, dans la pénombre. Je le supplie de ne pas nous abandonner dans ce quartier isolé, tout en calmant Tina. Finalement, les choses finissent par rentrer dans l’ordre et le chauffeur reprend la route. Ouf ! J’ai eu peur. Très très peur. Tina finit par se calmer elle aussi.

Il est environ 2h 30 mn, quand nous nous arrêtons de nouveau devant le Maquis Pays chez Bérenger. Cette fois, il y a moins de monde. Je descends pour prévenir Bérenger de notre présence. Il s’arrange pour faire rentrer discrètement Tina dans le bar. Il éteint la lumière et on s’assied dans un coin obscur, à l’entrée du bar.

Bérenger compatit à la douleur de Tina dont il est un grand admirateur. Il appréciait beaucoup également son défunt fils Dj Arafat. Bérenger trouve de quoi manger pour Tina. Cette nuit-là, on fait tout pour lui remonter le moral. Il lui apporte ensuite de ‘’l’eau à boire’’ sous la forme de quelques bons vins, comme dans la tradition africaine. Pour qu’elle puisse ‘’se désaltérer’’. Ce mot est d’ailleurs de Tina dont le restaurant-cave à Angré-nouveau Chu s’appelle justement Le Desaltero.

En tout cas, l’accueil de Bérenger l’apaise véritablement. C’est autour de 6h du matin que Tina Glamour emprunte un taxi et regagne son domicile. Les bras chargés de quelques ‘’breuvages’’. Je peux rentrer moi aussi. Mais que la nuit fut longue et très mouvementée !…

Éric Cossa

Source: Topvisages.net


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