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Appo K. Kra Emmanuel, artiste-sculpteur et promoteur du concept Sculpture Associée

Publie le mercredi 11 juillet 2018

Permettre à la sculpture de sortir des sentiers battus pour épouser l’ère de la technologie est la priorité du jeune sculpteur ivoirien Appo K. Kra Emmanuel. Pour lui, il n’ est point question que l’art reste en marche de l’évolution technologique. C’est à juste titre qu’il se fait le promoteur d’ un concept innovant dénommé Sculpture Associée qui selon lui va permettre à la nouvelle génération d’artistes de naviguer avec les technologies du moment.

Une trouvaille qui permettra aux artistes de concevoir des œuvres qui épousent le beau et l’ utile. Des œuvres qui tout en gardant leur principe de base peuvent contribuer à améliorer notre quotidien.

C’est un artiste très engagé que nous avons rencontré pour un éclairage sur la Sculpture Associée.

Peux-tu te présenter aux lecteurs ?

Je suis Appo Koffi Kra Emmanuel alias Fils noir  héritier, sculpteur de la nouvelle génération. J’ai suivi une formation en sculpture pendant 5 ans à l’ Institut National Supérieur des Arts et de l’ Action Culturelle d’ Abidjan ( INSAAC ). Mes formateurs sont les maîtres Koffi Donkor, Ayebi Kouao Réné, Sossa Kouassi et Robert Jem’s Koko Bi. J’ai soutenu en juillet 2014 le diplôme de Master. Major dans ma spécialité, je me suis lancé le défi de donner une orientation à la sculpture en me focalisant sur l’évolution technologique. Car pour moi cela devrait marquer le point de départ d’une une nouvelle génération de sculpteurs.

Pourquoi  le choix de la sculpture comme moyen d’ expression ?

Comme je le disais ça n’a pas été facile. Parfois quand on manque de moyens financiers on pousse plus loin la réflexion. C’est aussi un moyen que le Créateur utilise pour maintenir certains sur la voie de leur destinée. Si j’avais pu m’acheter un ordinateur ou des pots de peinture et des pinceaux aujourd’hui je ne serai pas sculpteur de la nouvelle génération. Quand j’ai sondé toutes les spécialités enseignées à l’INSAAC, seule la sculpture pouvait m’accueillir. A la base le matériel est fourni  par l’école. C’est de l’argile en gros et le reste engage l’apprenant. J’ai jonglé avec le temps et la bourse que l’école nous donnait pour parvenir au bout de cette formation.

Y a t- il des maîtres qui t’ ont influencé ?

Bien évidemment. Maître Koffi Donkor, le père des monuments en Côte d’Ivoire. Sa conception de notre monde des formes. Selon lui, il faut ajouter des formes à notre monde des formes. Maître Jem’s Koko Bi qui m’ a toujours incité à rester moi-même.   » Sois toi-même… personne ne te connaît mieux que toi-même. Crée toi ton propre chemin… », ne cessait-il de me répéter. Maître Ayebi, pour sa connaissance théorique et la finesse dans le travail. Et pour terminer maître Sossa Kouassi pour sa motivation et sa rigueur. Il me disait toujours ceci :  » Reste attaché à ton choix. Fais bien ce que le  client te demande, la récompense viendra de là « .

Quels sont tes matériaux de prédilection et pour quoi ces choix ?

Pour le moment j’utilise le polyester. Très léger et résistant à toutes les intempéries. Il facilite le déplacement de l’œuvre d’un lieu à un autre. Il permet d’associer plusieurs matériaux et facilite l’intégration d’objets électroniques dans l’œuvre. Voici le point de départ du concept Sculpture Associée.

Tandis que beaucoup de jeunes artistes trouvent le travail de sculpture très fastidieux, toi par contre tu t’ y adonnes à cœur joie. Pourquoi un tel engagement ?

Moi je ne trouve rien de fastidieux. Quand je rentrais en atelier de sculpture il n’ y avait rien de rassurant  pour moi à l’horizon. Maître Donkor m’a toujours dit  » Travaille dur ! La vie du sculpteur change en un seul jour et pour toujours « . Chaque jour face à un travail fastidieux une seule phrase me donne la motivation et le courage. C’est celle de l’ écrivain Bernard Dadié :  » Le travail et après le travail l’indépendance mon fils « . Et quand j’ ai été en Chine en 2015 j’ai compris que seul le travail libère l’homme et que  » Rien ne s’obtient facilement  » m’ a rappelé Youssouf Konaté du Mali qui présidait ma soutenance de Master. Histoire de m’encourager à persévérer parce qu’il y a des jours heureux qui se dessinaient à travers mes œuvres. Ce qui va vous étonner c’est que la sculpture est un domaine révélateur. Quand tu t’y adonnes à fond elle te révèle toutes tes potentialités. Franchement je me divertis quand je suis en atelier devant une sculpture en réalisation. Surprenez-moi en atelier et vous comprendriez.

Aujourd’hui tu es le promoteur d’ un concept dénommé  »  Sculpture Associée « . De quoi s’ agit-il au juste ?

Parlons de la sculpture sous sa forme traditionnelle. Vous savez bien comme moi que la sculpture dans sa pratique fait la propagande des valeurs culturelles, immortalise les héros et parfois représente nos dieux, le maître par excellence des représentations de symboles. Au-delà je me suis posé une question: En dehors de tout ça, la sculpture ne peut-elle pas jouer un autre rôle ? Un message m’ est  passé par la tête. Je me suis dit q’on peut allier le beau à l’ utile. Hors mis ses valeurs traditionnelles la sculpture peut contribuer à l’amélioration de notre quotidien. Pour moi une simple sculpture ne peut pas répondre à ce besoin il faut donc l’associer à quelque chose. Et l’idée d’intégrer la lumière à la sculpture m’est parvenue en référence aux lumières projetées ça et là sur les monuments.  Plutôt que de vouloir éclairer le monument pourquoi pas permettre au monument lui-même d’ éclairer son environnement ? Dès lors le monument participera à l’éclairage publique et en même temps embellira l’environnement. Au-delà de la lumière je parle de sécurité, de communication et de formation publique via une sculpture associée que je réalise. Aujourd’hui avec toutes ces possibilités je me tourne vers la technologie et l’innovation. Voici en gros ce qu’est la Sculpture Associée.

Pour toi, il y a lieu de coupler la technologie à l’ art dès lors que le contexte s’ y prête ?

Bien évidemment ! C’est ce que je suis en train de vous dire. En fait la technologie à laquelle j’associe mes sculptures n’est pas préfabriquée. C’est le basique que j’utilise. Des objets sont déjà créés mais qui n’ont aucune relation avec ce que je recherche. Je les transforme afin de leur donner une autre fonctionnalité pour qu’ils répondent à des besoins. Je travaille en collaboration avec des spécialistes en technologie. Je leur dis ce que je recherche. A  eux de me dire si c’est possible ou pas. Franchement jusque là, j’ai toujours réussi à me faire réaliser tous les dispositifs que j’ai déjà intégrés dans des représentations publiques et personnelles. Sachez que je n’invente rien. C’est une transformation du dispositif existant que je fais. J’ai pour habitude de dire à mes collaborateurs que ça existe déjà chez les occidentaux. C’est à nous d’aller chercher et transformer pour en faire un pur produit de chez nous. Un produit dans lequel le fabricant lui-même ne se retrouve plus. Nous  pourrons signer des contrats de collaboration. C’est de cette façon que l’on pourra écrire notre histoire sur les pages des nouvelles inventions. Toutes les révolutions de l’invention sont passées. L’innovation technologique vient à point nommé pour permettre à  la nouvelle jeunesse africaine de sortir de son silence. Moi je suis un sculpteur. Grâce à la sculpture associée j’ai aujourd’hui une vision très large de l’évolution de notre monde. C’est juste ce qui me pousse à toujours faire des recherches d’où l’appellation de mon atelier Centre de Recherche en Sculpture Associée  (CRSA).

Parle nous davantage du CRSA…

Le Centre de Recherche en Sculpture Associée est en quelque sorte un laboratoire où j’ expérimente les innovations en matière sculpture. Au début, c’est-à-dire en 2011 je l’ai baptisé Pinso’Art. Ensuite Art-Zone de 2012 à 2015 et finalement CRSA en 2016.  J’ai toujours eu l’envie de réunir plusieurs personnes pour un même objectif,  mener une réflexion pour le développement de notre art. CRSA donne cette possibilité. Faire de la recherche, de la formation et de l’emploi en même temps. Tels sont les objectifs du CRSA en général. Le CRSA est un atelier de restauration, d’embellissement et de création en matière de sculptures décoratives expressives et monumentales.

As-tu bénéficié d’ une formation spécifique à ce sujet ?

Pas vraiment ! Il faut dire que c’est une ouverture d’esprit que j’ai développé au travers de ce que j’ai vu lors de mes voyages. C’est l’occasion pour moi de dire un très grand merci au Président du l’Institut CERCO, le Docteur Alain Capo Chichi. C’est lui qui m’a sorti de mon rêve pour le transformer en réalité. Tout ce dont je parle aujourd’hui c’est lui. En fait il était en visite à l’ INSAAC avec ses étudiants. Ils avaient en projet d’associer l’art à la technologie. Étant en atelier de sculpture il m’a été demandé de faire la présentation de nos œuvres. Et comme j’avais en pensée une telle possibilité, lors de mes explications et démonstrations en plus des questions auxquelles je répondais j’ai entendu ça dans la foule  » Prenez ses références il m’intéresse. Ce qu’il est en train de nous démontrer on appelle ça de l’innovation « . C’était la première fois que j’entends le mot mot innovation. C’ était en mars 2015. Quelques semaines après il m’invité à Cotonou au Bénin chez lui. Après quelques  minutes d’entretien il m’a dit :  » Je te garde garde mais bien avant tu iras voir les grandes innovations en Chine « . Là-bas, j’ai suivi une formation à l’utilisation des imprimantes 3D et machine CNC pour faire de la sculpture.

En quoi cette formation a t-elle été importante pour toi ?

Elle a constitué le point de départ d’une nouvelle façon de réaliser les sculptures en Afrique. La possibilité  d’avoir plusieurs productions d’œuvres identiques afin de faciliter la consommation des œuvres d’ art à moindre coût. Mais aussi réaliser sur place les œuvres  qui auparavant étaient importées.Qu’est- ce qui t’ a marqué durant ta formation ?

C’est d’abord le plaisir de toujours toucher à la matière. Derrière ça les motivations de maître Donkor. Il me traitait de paresseux quand bien même je rendais toujours mes exercices à temps. Ça fait que je ne me reposais pratiquement pas. C’est ainsi qu’un jour il me trouva seul en atelier et me dit ceci :  » Tu trouves que je te décourage ? Tu ne dois pas te décourager. C’est une façon de te motiver. Travaille sans limite mais reste dans le cadre académique « . En troisième année il a pris une de mes sculptures en guise de souvenir. Pendant mon stage dans son atelier en quatrième année il m’a fait entendre que je suis apte à réaliser des monuments. Pendant les vacances de 2013 le peintre Augustin Kassi m’a fait réaliser quatre monuments de 2 m  à  3 m à Mbatto ( Côte d’Ivoire ). A l’inauguration, j’ai reçu mon premier billet d’avion pour une formation sur le bronze. Un voyage  auquel j’ai renoncé parce que c’était dans la période de ma soutenance du master professionnel. Maître Ayebi également après que j’ai fini mes œuvres pour la soutenance,  il m’a serré et secoué la main en présence de maître Koko Bi tout me disant :  » Tu est fin prêt. Tu es un maintenant un maître. Rien ne doit t’arrêter dans ton élan. Tu es sculpteur. Continue sans relâche « . Résultat: j’ai fini major de la promotion sculpture 2014.

Que réponds-tu à ceux qui estiment que ce concept dénature la sculpture originelle ?

Ce concept ne dénature en rien la sculpture. Bien au contraire, il lui apporte un souffle nouveau. Ils n’ ont peut être pas une connaissance de l’évolution de l’art au plan local et à l’ international. Sans le savoir ils consomment tous des sculptures importées des autres civilisations. Les coques et designs des appareils électroménagers sont issus de moules. Le sculpteur procède pareillement. La voiture est une sculpture mobile dotée de toute sorte de technologie. C’est cette technologie traditionnelle qui est passée aujourd’hui à la technologie électronique. C’est le fait même de maintenir la sculpture sous sa forme traditionnelle ancestrale qui  fait qu’elle est entourée de beaucoup de préjugés et l’on pense que la sculpture ne nourrit pas en Afrique. Je voudrais dire aux gens de sortir de leur ignorance et d’ouvrir leur pensée sur l’évolution des choses à travers notre monde. Réveillons-nous! Le monde évolue…

Des ouvrages publics ont-ils déjà bénéficié de ton expertise ?

Oui ! Ma première grande réalisation est celle du buste du père fondateur de la nation feu Félix Houphouët-Boigny implantée à Korhogo dans le Lycée qui porte son nom. Elle est en attente d’inauguration depuis février 2017. Le buste mesure 1,75 m. C’est une commande de l’ Association des anciens élèves  (1980-1990) de ce Lycée. Ensuite le portrait d’un couple commandé par une association de la commune de Bonoua. En janvier dernier le portrait du Gouverneur du District d’Abidjan Beugré Mambe commandé par la 51 ème promotion des étudiants de l’ Ecole Normale Supérieure d’ Abidjan. Les autres sont des commandes individuelles.

La Sculpture Associée est-elle une aubaine pour les jeunes artistes contemporains ?

C’est clair ! Je parle ici de sculpture associée. Ça doit fouetter l’orgueil des jeunes artistes contemporains. Penser son art, sa création pour se donner une meilleure ouverture au reste du monde pour servir et vivre de sa création. Ce que je pourrai demander aux jeunes créateurs de trouver un lien entre l’ occident et l’ Afrique pour une création africaine qui participe à son quotidien  tout en restant dans les lignes de la création artistique traditionnelle. Ne nous contentons pas seulement de consommer.

Bientôt se déroulera à Ouagadougou la première édition de la Biennale Internationale de Sculpture de Ouagadougou ( BISO ). Peut-être une occasion de faire connaître davantage ton nouveau concept.

Quand j’ai lu le dossier de présentation j’ai eu l’impression que mon cerveau est en avance sur mon âge. Je préfère taire les choses ici. Je salue très sincèrement les initiateurs  de la BISO. Je ne viendrai pas pour me faire connaître davantage mais plutôt pour participer à la promotion de la sculpture sur toute ses formes ici en Afrique et partout dans le monde.

Un mot de conclusion.

Tous les concepts qui ont fait bouger le monde sont partis d’une seule pensée et aujourd’hui devenue une pensée commune. Le concept de sculpture associée à l’ère des innovations technologiques, la nouvelle génération sculpturale doit en faire son affaire pour un nouveau monde artistique débarrassé de préjugés. Il nous faut oser l’ avenir, réinventer le monde si nous voulons être des pionniers dans nos domaines respectifs. L’art et la technologie doivent faire chemin ensemble pour répondre à nos aspirations contemporaines.

Raymond Alex Loukou

Source: 100pour100culture.com

Source: Autre Presse


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