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Côte d’Ivoire : « Abidjan, c’est le siège du rire ! »

Publie le jeudi 02 septembre 2021

Quatre ans après « Bienvenue au Gondwana », Michel Gohou, Digbeu Cravate et Willy Dumbo font le point sur l’évolution de la place de l’humoriste en Afrique.

« Abidjan ? C’est le siège du rire ! » s’exclame l’humoriste ivoirien Willy Dumbo à l’heure de l’apéro. En guise de preuve, le festival Coming to Côte d’Ivoire, qui s’est tenu du 12 au 14 août, et qui a ouvert ses portes avec une scène dédiée aux comiques locaux.

L’HUMOUR, C’EST PLUS LÉGER !

En 2017, deux monuments du rire ivoirien, Michel Gohou et Digbeu Cravate, têtes d’affiche de Bienvenue au Gondwana, racontaient à Jeune Afrique les dessous du film réalisé par Mamane qui, pensaient-ils, allait aider à populariser les comiques sur le continent. Qu’en est-il aujourd’hui ? Les deux artistes répondent à la question quatre ans plus tard.

Scène partagée

Pour Digbeu Cravate, le changement d’état d’esprit à l’égard des humoristes a bien eu lieu, comme espéré. « On jouit de davantage d’égards. On a compris qu’on devait relever le défi de valoriser la culture africaine et que cela passait par le fait de montrer que le continent est multiculturel », commence-t-il. Gohou rebondit : « Avant, pour permettre aux gens de décompresser, c’était la musique, la musique, encore la musique… Mais déplacer un orchestre coûte cher. L’humour, c’est plus léger ! »

L’HOMME QUI RIT BEAUCOUP SE SOIGNE DEUX FOIS

Tous deux s’accordent sur le fait que l’humoriste est au centre de beaucoup de mouvements sociétaux, qu’il est un canal utile à exploiter, y compris par les politiques. Et qu’en quatre ans, beaucoup de chemin a été parcouru à ce niveau.

« Les humoristes ont le pouvoir de véhiculer des messages, de faire de la sensibilisation, d’amener les gens à voir les choses autrement », renchérit Digbeu. « L’homme qui rit beaucoup se soigne deux fois », intervient Gohou, qui voit dans le rire un soin tant psychologique que physique. « C’est une forme de thérapie qui ne dit pas son nom », conclut-il.

L’ÉTAT ACCEPTE D’ÊTRE CRITIQUÉ, ET C’EST INTÉRESSANT

S’il fallait illustrer la façon dont l’humour s’est imposé, tant dans le pays que sur le continent ? Tous deux répondent qu’avant, les humoristes n’étaient pas sollicités pour des manifestations comme Coming to Côte d’Ivoire mais que, aujourd’hui, plus un seul événement n’a lieu sans que l’on fasse appel à eux.

Ce festival, ils sont fiers d’y participer. Pas simplement parce qu’il apporte de la visibilité (dont ils n’ont pas tellement besoin), ni parce qu’il donne un coup de fouet à la vie culturelle après des mois au ralenti, mais surtout parce qu’inviter des humoristes et les placer sur une scène partagée avec des artistes zouglous, c’est laisser la possibilité de pointer du doigt ce qui ne va pas dans la société. « L’État accepte d’être critiqué, et c’est intéressant », illustre Digbeu. « Être invité ici, ça signifie qu’on estime que tu as ton mot à dire », confirme Gohou.

Rire de tout, même (et surtout ?) en ce moment

« On peut rire de tout. L’humoriste est un voyant, un visionnaire, un observateur : il peut s’exprimer à propos de tout, même de la guerre qu’on a connue, ça passe bien », assure Gohou. Mais qu’en est-il de la pandémie dans laquelle sont plongés le pays, le continent, le monde entier depuis un an et demi ? « On ne va pas laisser cette merde nous foutre en l’air ! » s’exclame Digbeu, qui reconnaît quand même qu’à titre personnel il a parfois trouvé la situation décourageante. Mais hors de question d’éviter de traiter la pandémie, surtout dans la mesure où le sujet concerne tout le monde.

LES HUMORISTES SONT VENUS COMBLER CE VIDE ENTRE INJONCTIONS THÉORIQUES ET RÉALITÉ PRATIQUE

Dans ce contexte, les humoristes sont essentiels pour faire circuler certains messages, qui passent mieux avec du rire et des personnalités aimées du public : « En Afrique, comme les gens n’ont pas l’habitude de se laver tout le temps les mains, il était important d’expliquer qu’après avoir touché un truc il fallait se nettoyer… Se laver les mains toutes les cinq minutes quand on travaille dans le désert et que l’on n’a pas l’eau courante, ça n’a aucun sens », illustre Digbeu. L’humour a selon lui permis à la fois de diffuser la consigne, de l’expliquer et de la justifier.

Le masque, qu’ils appellent souvent « cache-nez », est un frein aux sourires, il dérange la communication. « Porter un masque, pour nous, c’est un truc de gens du Nord, de Touaregs qui se protègent du sable dans le désert », analyse Digbeu. « Pour le confinement, on a demandé aux chauffeurs de taxi de ne plus rouler, alors que c’est leur seul revenu… Il a fallu montrer qu’on respectait ces mesures pour pouvoir ressortir ensuite. »

LES RÉSEAUX SOCIAUX SONT VENUS PRENDRE LE RELAIS

Et de souligner les incohérences des demandes de l’État par rapport aux possibilités des gens : « On leur disait : achetez un cache-nez ! Mais imaginez celui qui vit avec 500 francs CFA et qui doit choisir entre son masque et manger… » Les humoristes sont venus combler ce vide entre injonctions théoriques et réalité pratique.

Ce message, les artistes ont été contraints de le diffuser par d’autres voies. Les réseaux sociaux sont venus prendre le relais de la scène, fermée depuis de nombreux mois. Willy Dumbo, humoriste camerounais, témoigne de cette capacité à se renouveler. « On a créé des scènes virtuelles qui marchaient sur internet, les artistes ont trouvé le moyen de vivre de quelque chose malgré la période difficile. » Il est bien placé pour en parler, avec un million d’abonnés à son compte Instagram. « C’est surtout la jeune génération qui a fait ça, quoi qu’on ne puisse pas vraiment opposer jeune et ancienne générations, tout le monde est un peu mélangé », sourit-il.

La relève déjà sur les plateaux

Justement, cette « jeune génération », où se produit-elle en général à Abidjan ? « Au départ, on avait une seule salle de stand-up, le Comedy Club, un peu l’équivalent du Jamel Comedy Club. Mais il a fermé pour devenir un salon d’esthétique… » ironise Willy. Un personnage influent a débarqué sur la scène humoristique, il s’appelle Mamane et chouchoute le monde du rire depuis qu’il est arrivé. « D’ailleurs, si on retire le “e”, ça fait maman, c’est un signe », plaisante Willy.

IL DÉPLORE UNE ABSENCE DE POLITIQUE DE FORMATION DES COMIQUES

Il a contribué à développer les scènes de stand-up dans la ville, a monté le Gondwana Club à l’hôtel Pullman, dans le quartier du Plateau, et le Dycoco, dans celui de Cocody. « Grâce à lui, faire de l’humour ne se limitera plus à participer occasionnellement à des événements. Il aura permis aux humoristes de s’y produire plus facilement qu’avant, sans avoir à compléter leurs revenus en faisant des shows pour des mariages ou des baptêmes », explique Willy.

Si cette relève existe bien, elle s’est pour l’instant « formée sur le tas », précise Gohou, qui aimerait reprendre les choses en main. Il déplore une absence de politique de formation des comiques, un manque d’options sur place. Cela dit, il fignole en ce moment un projet d’académie de l’humour avec l’Université de l’Atlantique (Abidjan). Gohou, l’un des monuments du rire en Côte d’Ivoire, en est sûr : « Un jour, on ira s’asseoir pour regarder cette jeunesse jouer. »

Source: Jeune Afrique


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