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Identité musicale nationale/Mapouka et Youssoumba

Publie le jeudi 26 novembre 2020

A l’instar du zouglou et du coupé-décalé qui ont eu le mérite de se faire connaître à l’international comme une identité musicale ivoirienne, le Mapouka et le Youssoumba, deux autres richesses musicales du patrimoine culturel ivoirien, ont raté le coche.

Dans les années 1990, le Zouglou sort de son berceau universitaire pour s’imposer comme une musique urbaine propre aux Ivoiriens. Bien que tirant sa base de l’alloukou, un rythme du folklore bété de l’ouest de la Côte d’Ivoire, le Zouglou s’enrichit d’autres sonorités traditionnelles et modernes. Le chant, lui, s’exprime dans la panoplie de langues de la Côte d’Ivoire, avec, en bonus, le nouchi, l’argot ivoirien. Dès lors, tous les peuples de Côte d’Ivoire se reconnaissent dans cette musique urbaine qui gagne en notoriété et s’impose comme une identité musicale ivoirienne.

Au cours de la première décennie (1990-2000) de l’éclosion des musiques urbaines ivoiriennes, deux styles très originaux, le Mapouka et le Youssoumba, venus des côtes du littoral ivoirien (sud-ouest), apparaissent sur la scène et bouleversent même la hiérarchie imposée par le Zouglou. Ces deux genres musicaux séduisent et s’invitent également dans le concert des musiques urbaines, représentatives des valeurs culturelles ivoiriennes. Mais au fil des années, le mouvement s’essouffle progressivement pour laisser place à une sorte de symphonie inachevée qui, aujourd’hui encore, peine à retrouver ses marques d’antan.

Nigui Saff K-Dance propulse le mouvement dans le monde

En 1997, la Côte d’Ivoire découvre avec émerveillement le groupe Nigui Saff K-Dance. Avec son concept chorégraphique et musical qu’il a identifié par le vocable Mapouka, le groupe composé de 4 danseuses et 5 musiciens a conquis l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Conduit de main de maître par Dr Albert Pitté, le groupe, deux ans après sa création, décroche le titre de ‘’Meilleur groupe africain de musique moderne d’inspiration traditionnelle, à l’édition 1999 des Kora Music Awards en Afrique du Sud.

Cette distinction à cette prestigieuse cérémonie internationale marque la consécration mondiale du Mapouka. Pendant plus d’une décennie, ce groupe d’ambiance a eu à son actif six œuvres musicales : Tchita, Hoza, Feeli’in, Respect, 5e vitesse et Soutien aux Éléphants. Entre-temps, la mayonnaise avait pris. Plusieurs groupes et artistes originaires de la côtière (Taboth K-Dance, Tchagbazu Boys, etc.) suivent le mouvement qui balaie tout sur son chemin, obligeant même les artistes ivoiriens de variété, toutes tendances confondues, à se reconvertir au Makoupa, cette danse qui trouve ses origines dans le petit village ahizi de Nigui Saff, dans la région du Bas-Sassandra.

Sa particularité : bouger très rapidement les fesses, avancer et reculer, tout en gardant les hanches immobiles. Hélas, dans ses variantes plus chaudes, au moment où la danse devient populaire, le Mapouka originel perd de son aura car submergé par sa version d’abord ‘’Serré’’ puis ‘’Djédja’’, très obscène, qui a fini par fragiliser le mouvement et discrétiser complètement le beau concept originel. Devenu pornographique, le ‘’Mapouka Dédja’’ qui avait pris le dessus sur l’originel qui ne s’exprimait plus véritablement a été censuré par les autorités du pays et même ailleurs en Afrique.

Dans la première moitié de la décennie 2000, le Mapouka sombre complètement, victime de ses variantes mal inspirées. Depuis lors, les tentatives de retour au-devant de la scène des ambassadeurs de ce concept chorégraphique et musical ont été très timides, au grand désarroi des adeptes qui avaient placé beaucoup d’espoir en cette trouvaille comme une identité musicale ivoirienne.

Aboutou Roots, ambassadeur du Youssoumba

Dans la mouvance de la montée en puissance du Mapouka en 1997, une autre variante de la musique des peuples lagunaires fait une entrée fracassante sur la scène musicale. Son nom : le Youssoumba. Un style musical issu des chansons populaires et autres animations de village qui ont lieu au clair de lune après la pêche. Originellement, il se pratique avec un tambour, une bouteille et des voix harmonisées qui reprennent en chœur les partitions du lead vocal. Tant dans ses versions traditionnelles que modernisées, le Youssoumba est un genre très animé, dansant, mais lent, exécuté en a capella.

C’est le groupe Aboutou Roots, avec son premier album ‘’Protège-toi’’ (1997), qui fait véritablement connaître cette musique sur la scène ivoirienne et ouest-africaine. Angelo Papa, Akess Bilo, René Bibi et Dany Kwélé, les membres du groupe, sortent de leur univers naturel de Lauzoa, village insulaire de Grand-Lahou (sud-ouest), pour la conquête musicale nationale et internationale qui s’est annoncée sous de bons auspices. Le coup d’essai se transforme en coup de maître.

La connotation sonore et l’ambiance typiquement lagunaire qu’ils déploient, associés à un rythme tantôt lent, tantôt entraînant et dansant, qui laisse exprimer une puissance vocale hors du commun, donnent tout son succès à Aboutou Roots qui gagne en popularité et se pose comme le digne ambassadeur du Youssoumba. Comme si cette sortie était le signal de la révolution Youssoumba, plusieurs groupes et artistes de la côtière se révèlent. Tous tranchent par leurs qualités vocales, séduisent par leur ambiance façon Youssoumba et, surtout, créent l’émotion en a cappella par l’harmonie des vocalises.

Les Youlés’’ avec le fameux titre ‘’Esmel’’ ; A Nous Les Petits, les concepteurs de la chanson ‘’Makanaki ‘’; Inspiration Divine et son ‘’Portable’’, Ben Chico, Tino de Paris, Accapelo, Beba Roots, Les Walès, Les Roujeos, Les Bons Génies, Génération Positive, pour ne citer que ceux-là, constituent le puissant contingent des ‘’Youssoumbarios’’. Lorsque sonne la mi-décennie de 2000, sous la montée en puissance du Coupé-Décalé, les groupes de Youssoumba disparaissent les uns après les autres. Même si Aboutou Roots tient toujours merveilleusement bien la barre, le mouvement a perdu de sa dynamique.

Le groupe, aujourd’hui réduit à deux membres, Angelo Papa, Akess Bilo, ne lâche pas l’affaire. En attendant la sortie de son 9e album qui consacrera plus de 20 ans de carrière, le groupe, avec son dernier single, ‘’La fille est gâtée’’, sorti en 2019, a clairement affirmé que le Youssoumba n’est pas vraiment mort. Avec eux, sont encore dans la course ‘’A Nous les Petits’’ qui a signé son retour avec un superbe album intitulé Kouaza (2019). L’année 2020 a aussi été marquée par le retour de Bonigo, transfuge du groupe Les Youlés, qui fait désormais cavalier seul. Depuis le mois de mai, Bonigo fait danser les mélomanes avec son nouvel album intitulé ‘’Température ».

Le Mapouka et le Youssoumba ont encore de beaux restes. Leur retour sur la scène passera certainement par la mobilisation des artistes originaires de cette région du Bas-Sassandra, la mise en place de plateformes d’expression, comme ce fut le cas avec le festival ‘’La côtière en chantant’’ qui, malheureusement, après trois éditions, a été arrêté par manque de moyens financiers. Il est également nécessaire de mettre en œuvre un bon encadrement des artistes et des groupes qui ont besoin d’être accompagnés financièrement, en premier, par les cadres de la région, à l’instar de ce qu’a fait Dr Albert Pitté.

Hommage à ce grand mécène qui, pendant longtemps, a œuvré pour la promotion du Mapouka originel et a contribué ainsi à donner de la visibilité à ces deux genres musicaux propres à la culture musicale ivoirienne.

Source: fratmat.info


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