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INTERVIEW/ WALIB BARA, AUTEUR ET DG DU BBDA : « Pourquoi il y a toujours des tensions dans les bureaux de droit d’auteur africains ? »

Publie le lundi 13 janvier 2020

Directeur général du bureau burkinabè du droit d’auteur (bbda), Waib bara est également auteur. Il vient de publier son 2è livre intitulé ‘’ Droit d’auteur : comment en profiter ? Il est à Abidjan pour présenter l’œuvre aux acteurs culturels ivoiriens. Nous l’avons rencontré.

 

. Bonjour DG ! Qu’est-ce qui vous amène à Abidjan ?

 

-          Je suis en congés et je profite de ce petit séjour-là pour partager mon expérience de la gestion collective du droit d’auteur avec les acteurs culturels ivoiriens en deux dates. Le  jeudi 9 janvier j’ai donné une conférence-débat sur le droit d’auteur au CNAC Café-Théâtre d’Abidjan Treichville et le vendredi 10 janvier, c’était la dédicace de mon livre sur le droit d’auteur à la FNAC à Cap Sud. L’ouvrage, le deuxième de mon œuvre, est intitulé ‘’ Droit d’auteur : comment en tirer profit ?’’. C’est un instrument de travail en matière de droit mais aussi tout ce qui gravite autour de la chose culturelle sur l’importance du droit d’auteur. A mon avis, c’est la clef de voute de l’évolution des industries culturelles et créatives. Le livre parle aussi du rôle que le droit d’auteur peut jouer en termes d’opportunités géographiques pour un pays comme la Côte d’Ivoire dont la capitale économique est quand même la plaque tournante du show-biz africain. Il évoque également le rôle du droit d’auteur en tant qu’outil de protection sociale du titulaire du droit.

 

. Le livre parle uniquement du droit d’auteur ?

 

-          Non ! Il est aussi question du projet de la filière musique. C’est un projet proposé par le Burkina Faso et qui a été adopté à la 22è session du comité d’organisation de la propriété intellectuelle de l’OAPI.

 

. De quoi s’agit-il exactement ?

 

-          C’est un projet intitulé ‘’Renforcement du secteur musical au Burkina Faso et le nouveau modèle économique dans l’espace UEMOA’’. C’est un projet qui vise à une meilleure structuration des corps de métiers de la filière musique, de l’utilisation judicieuse des droits et propriété intellectuelle à l’effet de création, de production et de diffusion dans l’espace UEMOA. Les pays bénéficiaires du projet sont le Burkina Faso, la Côte d’ivoire, le Sénégal et le Bénin.

 

. En Côte d’Ivoire, on a remarqué que les droits d’auteur ont toujours été source de tension au niveau du bureau ivoirien du droit d’auteur (Burida) entre les auteurs et les gestionnaires. Qu’est-ce qui explique cela ?

 

-          Cela peut être lié à plusieurs paramètres. Le droit d’auteur est récent en Afrique. Il est de tradition européenne où il existe depuis plus de 200 années alors qu’il est venu sous nos cieux il y a à peine une trentaine d’années. Il est question même de la culture du droit d’auteur. Les utilisateurs l’appréhendent de temps comme une taxe supplémentaire ou même un impôt alors que c’est juste un droit qui est lié à des personnes qui donnent mandat à un organisme de gestion de droit collective de pouvoir collecter et de le repartir à ces différents titulaires de droit. Il faut dire aussi que les bureaux de droit d’auteur gagneraient à mettre un point d’honneur sur la sensibilisation des parties prenantes afin que les uns et les autres comprennent l’importance du droit d’auteur dans l’écosystème culturel. Quand cette perception n’est pas bien comprise par les différentes parties, naturellement, elle crée beaucoup de confusion, de conflits… C’est cette expérience aussi que je veux partager avec les Ivoiriens afin que les acteurs culturels de la Côte d’Ivoire se concentrent sur l’essentiel. Car en réalité, les titulaires des droits et les bureaux du droit d’auteur doivent regarder dans la même direction. Et non se regarder en chiens de faïences. Il faut plutôt porter leurs regards sur les enjeux liés à l’explosion du numérique. Qui, aujourd’hui, facilite la création, la production et la diffusion des œuvres mais accélère une société qui a envie d’aller vers la gratuité sans une rémunération compensatrice.

 

. Qui parle de numérique parle de la copie privée. Qu’en est-il ?

 

-          Effectivement, j’allais arriver à la question de la rémunération pour copie privée. C’est une source assez importante et un puissant moyen pour compenser les pertes qui découlent de l’environnement numérique. Et à ce niveau, le Burkina Faso applique la rémunération pour copie privée depuis bientôt 15 ans. Il faudrait que les Ivoiriens s’inspirent de ce point afin que la rémunération de la copie privée soit une réalité chez eux.

 

. Plus haut, tu as dit inviter les acteurs culturels ivoiriens à se concentrer sur l’essentiel. C’est quoi l’essentiel pour un artiste ?

 

-          L’essentiel, c’est d’avoir des conditions optimales de création de ses œuvres, avoir une structuration des différents corps de métiers. Quand on prend l’écosystème de la musique, on trouve le même artiste qui est auteur, compositeur, interprète et souvent arrangeur, producteur et éditeur sur une même œuvre. Cela devient compliqué quand il n’y a pas une structuration des corps de métiers. Et ça devient difficile pour l’artiste de donner le plein potentiel de son talent.

 

. Y a-t-il des maisons d’édition musicale en Afrique ?

 

-          Je dirai non pour de nombreux pays africains. Cela crée aussi un frein sur l’exploitation des œuvres. Aujourd’hui, avec les majors qui vont venir s’installer, il y aura un problème de transfert des valeurs parce qu’elles vont couper tout ce qui est important pour les artistes. A ce niveau, il faut vraiment tendre vers une certaine professionnalisation des secteurs porteurs. Si on prend le secteur culturel, il y a deux filières qui peuvent tirer les autres vers le haut. Ce sont la filière de l’audiovisuel et celle de la musique. Ces deux-là s’intègrent. Car, quand on fait une chanson, on est obligé de faire un clip. Et quand on fait une vidéo, on rejoint l’audiovisuel. Quand on fait un film, il y a toujours la musique qui accompagne.

 

. Dans la rémunération d’un artiste, que représente le droit d’auteur ?

 

-          Le droit d’auteur peut être considéré comme un salaire différé.

 

. Comment se fait la collette ?

 

-          La collette se fait sur la base d’un ordre tarifaire c’est-à-dire quand on organise un spectacle, il y a un barème qui est fixé. Quand on joue à la radio, il y a un barème qui est fixé. Quand c’est un établissement hôtelier, il y a un barème qui est fixé. Il y a le règlement de répartition qui détermine les parts en fonction des différents titulaires de l’œuvre. Si on prend une œuvre musicale, on pourrait dire par exemple que l’auteur a 16%,  l’éditeur a 33%, l’arrangeur a 16%... En cas de diffusion à la radio, on pourrait appliquer ce qu’on appelle la répartition équitable à savoir par exemple que le producteur a 50% et l’interprète 50 % aussi. Toutes ces parts sont les fondements sur lesquels, le bureau du droit d’auteur se base pour faire la répartition aux différents titulaires de l’œuvre.

 

. Comment se fait la collette dans les espace publics comme les bars ?

 

-          Il y a ce qu’on appelle les relevés d’exploitation. A la radio, les animateurs remplissent le relevé après chaque titre joué. A la radio et à la télé, c’est plus simple. Dans les maquis et bars, on se base sur les sondages qui sont le reflet des diffusions des stations de radiodiffusion. Techniquement, ce n’est pas assez équitable mais aucune répartition n’est équitable.

 

. Comment se fait-il qu’il y a moins de bruits au bbda contrairement au Burida où on assiste à chaque fois à des contestations ?

 

-          Nous communiquons beaucoup et on a mis un point d’honneur sur la sensibilisation. Cela permet de prévenir les conflits. N’empêche qu’il y a quand même des bruits aussi. Il n’y a pas, sous nos tropiques, un bureau de droit d’auteur où il n’y a pas de bruit. Mais nous travaillons quand même à les réduire et nous créons beaucoup de cadres de rencontres en fonction des différentes parties prenantes comme les musiciens, les écrivains, les peintres…

 

. En Europe, à la Sacem par exemple, les auteurs ne se plaignent pas tout le temps….

 

-          Les bureaux de gestion de droit d’auteur comme la Sacem ont plus de 200 années d’existence. Ils sont très modernisés et ont des outils de développement plus élevés que notre continent. L’autre raison, c’est que les artistes africains qui jouent en Europe, sont au noir et ce qui est collecté reste dans les bureaux européens. Ce sont des masses financières importantes qui sont souvent proposées aux artistes africains. Malgré notre état, nos bureaux gagneraient à travailler à créer un minimum de conditions pour retenir nos membres. Ça ne sert à rien pour un artiste ivoirien dont l’activité se déroule sur le territoire national d’aller s’inscrire à la Sacem. Ça n’a pas de sens. Il faut s’inscrire à la Sacem lorsqu’on a la chance d’avoir un producteur et un éditeur en France et qui vont permettre le développement de sa carrière sur le territoire français.

Source: Live.ci


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